Annonce du glas des trams

mardi 11 février 2003
par  Thierry, webmaster
popularité : 27%

Ce poétique extrait d’un article paru dans La Liberté du jeudi 16 mars 1961 a été choisi, pour relater le sentiment de nostalgie, teinté d’une touche de réjouissance, qui régnait à ce moment-là.

C’est au son de la cloche que, le 28 juillet 1897, dans l’après-midi, le public de Fribourg apprenait que l’inauguration du tramway électrique allait commencer le soir même à 5 h. Le premier tronçon se limitait au parcours Gare - Entrée du Pont suspendu. C’est dans le brouhaha indifférent de la vie trépidante d’aujourd’hui que, soixante-quatre ans plus tard, notre cité va apprendre, sans cloche et sans cérémonie, que le glas de ce premier réseau a sonné hier matin, au cours d’une séance du conseil d’administration de la Société des tramways de Fribourg S.A. (...)

<PIC|1897_premiers_agents.jpg|right>Ceux qui rêvent avec nostalgie à la Belle Epoque et à ses froufrous, ceux qui se rappellent avec romantisme le temps où des jeunes gens à grandes moustaches, coiffés de canotiers à large ruban se promenaient dans les rues encore pavées de notre ville et comptaient fleurettes sous les arbres à lourd feuillage dont nos avenues étaient alors heureusement bordées, apprendront cettes cette nouvelle avec mélancolie.

Mais, aujourd’hui, les moustaches sont devenues plus courtes ou ont disparu, les canotiers survivants se sont assouplis en panamas, l’émulsion de bitume et les tapis posés à chaud ont recouvert les pavés où dansaient autrefois les fiacres, et les tea-rooms ont, pour beaucoup, remplacé le décor des arbres - aussi strictement taillés aujourd’hui que les dépenses publiques -, pour les heures tendres telles que les raconte Maupassant.

Les exigences du trafic ont changé du tout au tout, le confort moderne nous a accoutumés à ses facilités ; aussi, malgré tout, le public de Fribourg se séparera-t-il sans trop de regrets de ces trams, dont trois sont en service depuis le jour de l’inauguration. Les habitants des rues par lesquelles passe le réseau y gagneront de la tranquillité, les personnes âgées et les dames n’appréhenderont plus l’escalade de leurs hautes marches et les humoristes ne demanderont plus aux contrôleurs leur délivrant un billet, si l’impôt sur les balançoires est compris dans la taxe.